La fête du Corps et du Sang du Christ
 

Les plus anciens d’entre nous se souviennent de toutes les marques de dévotion que suscitait la fête du Corps et du Sang du Christ, appelée autrefois Fête-Dieu, dont l’origine remonte au 13ème siècle et qui s’est développée au cours des siècles : saluts du Saint-Sacrement, processions du Saint-Sacrement dans les rues fleuries des villes et des campagnes au milieu d’un peuple en liesse… C’est sans doute la raison pour laquelle quand nous pensons au Saint-Sacre¬ment, le plus souvent, nous pensons au Pain de vie, au Corps du Christ. Ce n’est pas faux, bien sûr. Mais ce n’est pas suffisant. Il nous faut compléter. Le missel intitule cette fête : fête du Corps et du Sang du Christ. Il importe de tenir les deux, ensemble. Intéressons nous donc aussi au Sang du Christ. Les lectures nous y invitent.
1ère lecture : Moïse scelle l’alliance entre Dieu et son peuple par un rite du sang. "Voici le sang de l’alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue pour vous". Remarquez que ce n’est pas nous qui faisons alliance avec Dieu, mais l’inverse, Dieu s’engage, entre en alliance avec son peuple, avec nous. Le rite du sang signifie que cet engage¬ment est à la vie à la mort. Dieu donne sa Parole de vie et il s’engage, au prix du sang. Dès lors, l’aspersion avec le sang de l’Alliance est un signe de vie pour tout le peuple. A lui de s’engager à mettre en pratique la Loi, la Parole de Dieu qui est Parole de Vie.
Le psaume, lui, s’attache à la coupe. "Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur". Ici, le sacrifice n’est pas simplement un rite sanglant, comme dans toutes les religions, il est surtout action de grâce. C’est ce que veut dire le mot eucharistie. Oui l’eucharistie est un sacrifice mais elle n’est pas la reproduction d’un rite sanglant, elle va plus loin, elle est sacrifice de louange, sacrifice d’action de grâce. Il ne s’agit pas d’apaiser un dieu assoiffé de violence avec du sang mais de rendre grâce à Dieu. Dieu qui donne la vie, qui donne sa propre vie.
La lettre aux Hébreux se plaît à montrer combien, par la venue de Jésus Christ, par sa mort sur la croix et sa résurrection, les rites de l’ancienne alliance sont dé¬passés. Ils étaient en fait annonciateurs d’une réalité plus grande. Jésus assumera et portera à son plein accomplissement tout ce que l’ancienne alliance ne faisait que préparer, annoncer, promettre. En Jésus Christ, Dieu tient parole. Le sang des victimes offertes en sacrifice ne pouvait que purifier l’extérieur. Jésus, lui, n’offre pas le sang d’un animal mais il verse son propre sang pour le salut des hommes. Ce don est accompli une fois pour toutes. Nos eucharisties en font mémoire chaque dimanche, jour où nous célébrons la résurrection de Jésus Christ. Jésus est Médiateur de l’Alliance Nouvelle. C’est ce que signifie le geste qu’il accomplit en célébrant la Pâque avec ses disciples, la veille de sa mort.
Nous voici donc invités à faire un retour jusqu’au Jeudi-Saint, jusqu’à Pâques. Pâques concerne, qu’ils le sachent ou non, tous les hommes, toutes les femmes de tous les temps, même si, pour la plupart de ceux qui assistaient au spectacle à l’époque, l’événement de la mise à mort de Jésus n’était qu’un banal fait divers. Ni les soldats qui étaient de corvée de jour-là pour exécuter les condamnés, ni la foule qui assistait au supplice n’étaient à la hauteur de ce qui se passait. C’est pourquoi, la veille de ce jour, au cours de son repas d’adieu avec ses apôtres, repas qui se place dans le cadre de la pâque juive, Jésus prend le pain, prononce la bénédiction, le rompt, le donne aux apôtres et dit (là est la nouveauté inouïe) ; "Prenez, ceci est mon corps" (allusion au supplice du lendemain). Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donne, et ils en boivent tous. Et il leur dit : "Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude" (allusion encore au supplice du lendemain). Jésus place sous les signes du pain et du vin, du repas rituel de la Pâque, son supplice du lendemain. L’acte unique de sa mort ne pourra pas être répété, bien sûr ; il a été accompli "une fois pour toutes" , comme le disait la lettre aux Hébreux. Mais ces signes, l’Église a mission de les refaire, afin que la Pâque du Christ soit rendue présente, réellement présente au regard de notre foi. Eucharistie, sacrement de la Pâque du Christ.
Les limites de l’espace et du temps sont brisées. Tous les humains, de tous les temps, de tous les lieux pourront avoir accès, par la foi, à cette Pâque du Christ qui fait ainsi route avec eux. "Chaque fois que vous mangez ce pain, que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne" (saint Paul aux Corinthiens).

Homélie prononcée par Frère Louis-Marie le 10/06/2012






  Mentions légales   Contact     Administration        Suivre la vie du site    SPIP